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PARENTS, RENTREZ AUSSI !

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30 août 2018, 20h, lieu-dit « hôtel de l’air » à Douala. Pluie battante. Je suis à l’abri dans une sorte de bar, tout en me remémorant les caprices de ma brouette, qui m’a rappelé aux aurores et à coups de toussotements que je n’ai jamais vraiment quitté le statut de piéton. Mais peu importe, quand on a longtemps gravi les collines Babimbi, s’émouvoir devant les toquades d’une vielle dame est quasi impossible.

Je suis donc en train d’attendre que la pluie cesse à la « terrasse » de ce bar, quand une moto, visiblement une moto-taxi, gare à l’extérieur. Son propriétaire descend et se met à ma gauche. Entre lui et moi il y a une autre personne. Naturellement, tous les deux nous le regardons comme pour compatir au fait qu’il était trempé. Il n’a pas notre temps. Je détourne mon regard, lequel, je ne sais pourquoi, s’arrête sur sa moto.

Sur son porte-bagage, le monsieur a attaché une dizaine de livres. Il pleut abondamment, et visiblement les livres n’ont pas de couvertures imperméables. Je le regarde à nouveau, cette-fois avec insistance. Là il comprend que je recherche formellement le contact.

– Djoo, il y a quoi non ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

– Les livres qui se mouillent sur ta moto là, tu ne les utilises plus ?

– Ah ! Tsuip. On m’a aussi donné ça. Les livres-là ne sont même pas au programme. Ce sont des livres de 6e et 5e.

– Et comme ils ne sont pas au programme, ils doivent être détruits ?

Son visage se fronce immédiatement, le regard devenu dur dit clairement : « je peux taper le petit ci hein » ? L’homme au milieu s’est également retourné en même temps vers moi avec un regard du style : « c’est quoi ton problème » ?

Moi quoi ? Est-ce que Bruce Lee avait les muscles de Super Makia et la taille de Joel Embiid ? Je ne me débine pas. D’un ton plus ferme :

– Si les livres-là ne sont pas au programme, ils ne peuvent pas aider des enfants à réviser ?

– Mon frère (visiblement étonné par mon insistance) tu es professeur ?

– Non.

– Et tu me veux quoi ?

– Rien. A part les livres. Si tu ne les veux pas, donne-les-moi stp.

Il ne dit rien. Quelques secondes passent.

– Si tu ne veux pas me les donner pour que je m’en aille avec, donne-les moi pour que je les tienne à l’abri ici. Quand la pluie aura cessé et au moment de mon départ, je te les remets.

Quelques secondes s’écoulent encore. Le type a finalement décidé d’aller couvrir les livres avec un grand plastique qu’il avait déjà sur lui et un carton qu’il a trouvé sur place.

Monsieur Payang André Justice nous disait toujours, lisez tout. Vous devez lire même le papier dans lequel on a attaché vos beignets. Il était capable, alors que tu gambades tranquillement en pleine récréation, de t’appeler et de te demander de lire ce qu’il y a sur ton t-shirt, ou ton papier de pain, et ce, peu importe la langue. Il était comme ça, mon maître de la SIL à l’école publique de Bazou.

C’est à cause de lui qu’aujourd’hui encore, je m’arrête parfois dans la rue pour ramasser des bouts de papiers pour lire ce qui est écrit dessus. Que je fais l’effort de lire toutes les affiches à l’entrée d’un bâtiment, ou que je lis des livres spécialisés dont je ne comprends pas toujours le sens.

Détruire un livre, qu’un ou plusieurs individus ont pris le temps de concevoir, de créer, c’est un crime. Autant que l’ignorance organisée, et/ou l’analphabétisme.

Alphabétiser signifie apprendre à lire et à écrire à une société. Le taux d’alphabétisation au Cameroun, selon l’Unesco et plusieurs Organisations Non Gouvernementales, tourne autour de 75%. Autrement dit, seulement 75% de la population âgée de plus de 15 ans sait lire et écrire. Ce qui signifie logiquement que, si l’on estime la population du Cameroun à vingt-cinq millions, il y a encore six millions deux cent cinquante mille personnes de plus de 15 ans (sans compter les moins âgés) qui ne savent ni lire, ni écrire. Et des gens se permettent de détruire des livres.

Si tout le monde semble se féliciter de l’adoption du livre unique au Cameroun, personne ne se demande ce que l’on fait des vieux livres, que les vendeurs du « poteau » ont du mal à écouler ces jours-ci, au point d’en faire cadeau aux amis. Les besoins ne manquent pourtant pas, les destinations pour les écouler encore moins.

Ne détruisons pas les livres. Rassemblons-les et acheminons les vers des lieux dans notre pays où des gens en ont besoin. Le livre unique est bien, les autres ne sont pas mauvais non plus. Ils peuvent aider.

Par ailleurs, la rentrée scolaire est à la porte, et beaucoup s’activent à fournir aux enfants le nécessaire, en oubliant parfois ce que je considère comme essentiel : leur temps. Entre les tablettes et les smartphones, on ne sait pas toujours quel est le niveau de lecture des enfants. On ne leur achète plus des livres (papiers), on leur prend des gadgets en boutique. Résultat des courses, entre les politiques nationales, les classes aux effectifs pléthoriques et les enseignants sans vocation, l’enfant se retrouve au CM1 sans savoir lire.

Si l’on peut reprocher beaucoup de choses à notre système éducatif, je pense que la réussite d’un enfant, académiquement parlant du moins, repose en grande partie sur l’attitude et l’engagement des personnes qui lui sont proches, les parents en premier. S’il est vrai que la plupart ne détruisent pas les livres, il est aussi vrai que beaucoup ne lisent pas ou lisent peu à titre personnel, et ne lisent jamais avec les enfants.

A la rentrée, en dehors du nécessaire pour l’école et le paiement des répétiteurs, engageons-nous à prendre un peu de temps pour lire avec nos enfants. Les enseignants apprécieront. Les enfants encore plus.

Que Dieu nous aide.

Bonne rentrée des classes.


5 commentaires

  1. NIZ dit :

    Merci mon voisin de village

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  2. Nina HY dit :

    impec coe d’hab frangin

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  3. BT dit :

    Nice piece!

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  4. Evrard dit :

    Lire nous en avons tous besoin perfetto fratello mio

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  5. Anne H.T dit :

    Excellente idée que celle d’acheminer les livres non utilisés officiellement vers des destinations où ils peuvent servir. Des bibliothèques de localités reculées seraient ainsi fournies ou constituées…Il serait intéressant de lancer un mouvent dans ce sens. Merci Théo, pour la géniale idée!

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